Dans certains quartiers, être une fille c’est comme naître avec un ensemble de règles non choisies. On est constamment surveillées, exposées à des dangers à chaque coin de rue. Il faut apprendre à se protéger et à viser plus haut que les limites imposées. Je vais te raconter mon histoire de liberté. Une jeune fille qui a dit non. Non aux cases dans lesquelles on voulait me ranger, non à la vie toute tracée. Je me bats pour ma liberté, pour écrire mes propres règles.

Les règles du quartier
On a tendance à croire que la cuisine, les enfants et le plaisir des hommes sont les seules tâches réservées aux femmes. Chez moi, dans mon quartier, ces idées sont partout. Elles traînent à la boulangerie, dans les discussions entre voisines et dans les regards des vieux assis sur les bancs. Certaines femmes finissent par reste à la maison, à faire les mêmes choses tous les jours, comme ma mère. Elles font partie des murs de leur domicile.
Et puis, il y a celles qui ne veulent pas de cette vie. Je les admire, ces femmes qui osent dire non, qui relèvent la tête même quand tout le monde leur dit de baisser les yeux. Certains hommes, pour se sentir puissants, empêchent leurs compagnes de travailler. Ils veulent montrer qu’ils sont les chefs.
À quoi ça sert ? Si c’est pour éteindre celle qui partage ta vie, je n’en vois aucun intérêt.
La peur et la résistance
Je refuse qu’on me dise ce que je dois faire, et encore moins qu’on me dise de me taire. J’ai appris à marcher la tête haute, à regarder les gens droits dans les yeux sans trembler. Même si la peur me fait mal au ventre, je reste sur mes positions.
Mon ghetto, ma zone
Je vis dans un quartier connu sous le nom de ghetto, surnommé la zone. Les immeubles gris ressemblent à des forteresses délabrées. Dans les halls, on peut entendre les rires des enfants, les disputes et même quelques secrets. Le jour et la nuit se confondent, les activités illégales se mêlent à la vie quotidienne.

Les sombres dangers
Dans les caves sombres, on entend des histoires qui font froid dans le dos, des légendes de tournantes (viols collectifs), où de jeunes femmes sont livrées à la violence de plusieurs hommes. La violence n’est pas toujours aussi visible, car elle se glisse aussi sous d’autres formes.
– Tu ne veux pas rendre un service à mon cousin ? Ou à mon pote ?
Certaines femmes cèdent par amour ou par peur, pensant qu’elles n’ont pas d’autre choix. Mais le prix à payer est lourd avec des insultes violentes telles que s***. Une insulte qui colle à la peau et change le regard des autres. Elles sont jugées sans être vraiment connues.
Survivre, choisir et s’imposer dans ce monde
Chaque jour dans ce quartier ressemble à un test de survie. Tu dois avoir un sixième sens pour comprendre ce qui se passe et choisir en qui avoir confiance. Pour m’en sortir et ne pas rester dans la galère, j’ai pris une décision radicale. Je me suis lancée dans le trafic de stupéfiants, malgré les défis d’être une femme dans un milieu d’hommes. J’ai dû m’imposer et prendre des précautions pour réussir. Comme excuse, je peux dire que je n’avais pas le choix, car ici l’argent, ce n’est pas juste pour vivre. Il représente la clé de la liberté et du respect. En un mois, je pouvais gagner trois fois plus qu’un cadre. Certains pourraient penser que j’exagère.
La force d’un groupe
J’ai vite appris les manigances et créé mon propre groupe, composé d’amies en qui j’avais une confiance absolue. De plus, elles se montraient très discrètes. Nous nous déplacions dans la cité comme des ombres, sans attirer l’attention, de jour ou de nuit. Nous communiquions à l’aide de messages codés et évitions les endroits bondés. Notre force, c’était d’être invisibles. Même les chefs du quartier n’ont rien vu venir. Contrairement à eux, nous ne touchions pas à la marchandise pour rester lucides.

Ma mère, cette reine
Je vis avec ma mère, que je considère comme ma « reine ». Elle a surmonté de nombreuses épreuves et j’essaie de la soutenir au mieux. Malgré tout, je me demande parfois comment elle parvient à rester forte. Pour masquer les apparences, je poursuis les études et, en parallèle, je garde les enfants des voisins. À chaque fois que je m’occupe de mes affaires, j’entends la voix de ma mère venant de la cuisine.
– Morgane ! Qu’est-ce que tu trafiques encore ?
– J’arrive, maman !
Je me dépêche de ranger l’argent que j’ai gagné, le cœur battant, jonglant entre mes deux vies, celle de la fille et celle de la femme d’affaires.
Si cette petite histoire t’a plu, n’hésite pas à t’abonner au blog pour découvrir d’autres histoires.
Et pour découvrir les livres d’Emilie Tulle.
